Présentée à Arles du 6 juillet au 5 septembre 2026, L’Afrique vue par elle-même réunit à L’Œil Qui Court plusieurs générations de photographes, parmi lesquels Malick Sidibé, Sanlé Sory, Mabeye Deme, Oumar Ly et Tidiani Shitou. Le titre avait déjà été utilisé à Arles en 2019 par Olivier Sultan et la galerie Art-Z. Parmi les œuvres montrées en 2026 figurent quatre petits tirages Surprise Party réalisés par Malick Sidibé à Bamako en 1968.

Du OFF arlésien au studio de Bamako

L’exposition prend place dans le réseau de lieux indépendants qui accompagne chaque été la saison photographique d’Arles. Art-Z avait déjà présenté L’Afrique vue par elle-même en 2019 à La Grande Vitrine, dans un contexte de débat sur la faible représentation des photographes africains dans la programmation officielle du cinquantenaire des Rencontres d’Arles. En 2026, le titre revient avec une nouvelle sélection.

Malick Sidibé occupe une place particulière dans ce corpus. Quatre tirages vintage Surprise Party, datés de 1968 et mesurant environ 9 × 6 cm, sont identifiés parmi les œuvres montrées à Arles. Ces petits formats appartiennent au fonctionnement quotidien de son studio à Bamako.

Après les soirées qu’il photographiait, Sidibé réalisait des tirages de référence, les classait par événement et les associait aux négatifs correspondants. Les jeunes photographiés revenaient ensuite au studio, retrouvaient leur image et commandaient le tirage de leur choix. Le Metropolitan Museum of Art conserve plusieurs ensembles comparables, dont Surprise Party, Ambassade Haute Volta de 1964.

Une image qui change de fonction

En 1968, ces photographies servent à organiser les commandes et la circulation des portraits. En 2026, elles sont présentées dans une exposition internationale. Le même objet passe ainsi du studio à l’exposition, puis à la collection et à l’archive. À Bamako, il appartient à une pratique sociale de la photographie. À Arles, il devient aussi un objet patrimonial et artistique.

Cette transformation traverse tout le projet. La sélection réunit des photographes issus de plusieurs contextes et plusieurs générations : Sidibé à Bamako, Sanlé Sory à Bobo-Dioulasso, Oumar Ly au Sénégal, Tidiani Shitou au Nigeria, puis des pratiques plus récentes.

Trois de ces trajectoires croisent également l’histoire des Rencontres de Bamako : Malick Sidibé dès 1994, Oumar Ly en 2009 et Tidiani Shitou avec une présentation posthume en 2001. 

À Arles, L’Afrique vue par elle-même permet ainsi de suivre la vie des images après leur production : leur classement, leur conservation, leur déplacement et leur nouvelle lecture dans d’autres espaces d’exposition.